Situations cliniques
Paludisme (malaria)
Chapitre 18 du guide d'antibiothérapie empirique du CHUV (Lausanne), version 3.1. Ouvrir dans le guide interactif — molécules cliquables vers les spécialités du registre marocain, adaptation à la fonction rénale, recherche.
Repères diagnostiques
- 1er bilan minimal :
- Test rapide Pf–PAN (Pf détecte P. falciparum, PAN détecte les 5 espèces de Plasmodium)
- N.B : toujours traiter immédiatement si test rapide positif, même si examen microscopique pas encore disponible ou négatif.
- Examen microscopique avec estimation de la parasitémie
- FSC (chercher anémie, thrombopénie)
- Si tests négatifs au 1er bilan, répéter au moins 2x le test rapide pour exclure définitivement une malaria si pas d’autre diagnostic documenté.
- Si test de malaria positif, demander créatinine et glycémie (à discuter en pédiatrie) + déclaration au médecin cantonal (formulaire ad hoc).
Conduite thérapeutique
Indications à une hospitalisation :
- Critères cliniques :
- mauvais état général,
- vomissements répétés
- hypotension
- tout signe neurologique ou psychiatrique
- tout problème respiratoire
- tout signe hémorragique
- ictère
- échec à un traitement antérieur
- non adhérence, seul(e) à domicile
- grossesse
- immunosuppression
- âge < 2 mois et/ou < 5 kg ou > 60 ans
- Critères paracliniques :
- parasitémie > 2%
- plaquettes < 20 G/l
- hémoglobine < 80 g/dl
- créatinine >250 µmol/ml
- glycémie < 3.9 mmol/l
Paludisme sévère (définition OMS) :
- Critères cliniques :
- altération de la conscience ou signes neurologiques,
- convulsions (chez l’enfant ≥2/24h pour ne pas confondre avec une convulsion fébrile simple)
- nourrisson : incapacité à téter. Les nourrissons ≤ 2 mois sont considérés comme paludisme compliqué même en l’absence de signe de sévérité.
- complications respiratoires ou hémorragiques
- jaunisse (bili. > 50 µmol/l)
- hypotension (P syst < 70 mmHg chez l’adulte et < 50 mmHg chez l’enfant)
- Critères paracliniques :
- hypoglycémie (< 2,2 mmol/l)
- acidose métabolique (bic. < 15 mmol/l)
- anémie sévère (Hb < 50 g/l)
- hémoglobinurie
- parasitémie > 2% (ou > 5% si la personne vit en zone hyperendémique)
- hyperlactatémie (lactate > 5 mmol/l)
- insuffisance rénale (créatinine > 265 µmol/l)
Règle générale :
- ne pas prescrire comme traitement le médicament utilisé en prophylaxie
A. Paludisme non compliqué à P. falciparum = traitement en URGENCE
- 1er choix : artémether + luméfantrine (Riamet® 20 mg/120 mg) 24 cp:
- 4 cp tout de suite, 4 cp 8h après, puis 2 x 4 cp /j pendant 2j, à prendre avec un verre de lait
- CI : insuffisance rénale ou hépatique sévère, grossesse 1er trimestre
- Alternative : atovaquone + proguanil (Malarone® 250 mg/100 mg) 12 cp:
- 4 cp/j en 1 seule prise pendant 3j, à prendre avec un verre de lait
- CI : grossesse (quel que soit le trimestre)
- Supervision 1ère prise :
- Avec métoclopramide si nausées/vomissements (sauf avec Malarone® car interaction, ni chez les enfants < 16 ans en raison du risque de syndrome extrapyramidal).
- Si vomissements dans l’heure qui suit 1ère prise, redonner dose entière; si entre 30 et 60 min, répéter ½ dose.
- Grossesse :
- 1er trimestre : quinine sulfate 3 x 10 mg/kg/j po pendant 7j. (max 3 x 600 mg/j)
- + clindamycine 3 x 5 mg/kg/j po pendant 7 j (en général 3 x 300 mg/j)
- 2ème et 3ème trimestres : Riamet 24 cp (Malarone® contre-indiquée)
Riamet chez l’enfant :
- < 5 kg et ≤ 2 mois : ne pas administrer (cf point C : paludisme compliqué)
- < 5 kg et > 2 mois : ½ cp tout de suite, ½ cp 8h après, puis 2 x ½ cp/j x 2j
- 5 à <15 kg : 1 cp, 1 cp 8h après, puis 2 x 1 cp/j x 2j
- 15 à <25 kg : 2 cp, 2 cp 8h après, puis 2 x 2 cp/j x 2j
- 25 à <35 kg : 3 cp, 3 cp 8h après, puis 2 x 3 cp/j x 2j
- > 35 kg : doses cf. adulte
Malarone chez l’enfant :
- 5 à 8 kg: Malarone® Junior 62.5/25 mg 2 cp/j x 3j
- 9 à 10 kg: Malarone® Junior 62.5/25 mg 3 cp/j x 3j
- 11 à 20 kg: Malarone® 250/100 mg 1 cp/j x 3j
- 21 à 30 kg: Malarone® 250/100 mg 2 cp/j x 3j
- 31 à 40 kg: Malarone® 250/100 mg 3 cp/j x 3j
- > 40 kg : doses cf. adulte
B. Paludisme à P. vivax, P. ovale, P. malariae ou P. knowlesi
- Artémether + luméfantrine (Riamet® 20 mg/120 mg) 24 cp :
- 4 cp tout de suite, 4 cp 8h après, puis 2 x 4 cp/j pendant 2j, à prendre avec un verre de lait
- CI : insuffisance rénale ou hépatique sévère, grossesse 1er trimestre
- Grossesse :
- 1er trimestre: méfloquine (Lariam® 250 mg) pour un total de 20 mg/kg en 2 doses (soit pour un adulte de 60 kg env. 3 cp 1ère dose, suivie de 2 cp à 6-8 h), puis primaquine après la naissance
- 2ème et 3ème trimestres : artémether + luméfantrine (Riamet®), puis primaquine après la naissance
Traitement d’éradication des formes intra-hépatocytaires en cas de P. vivax ou P. ovale :
- doser la G6PDH avant de débuter le tx d’éradication au décours du traitement
- G6PDH normale : primaquine 0,5mg/kg/j, soit pour un adulte (60 kg) 30 mg/j (2 cp de 15 mg) x 14 jours dès réception du résultat du test G6PDH
- CI: grossesse (quel que soit le trimestre, ad primaquine après la naissance) et nouveau-né
- G6PD nulle ou fortement abaissée : pas de primaquine
Riamet chez l’enfant :
- voir ci-dessus
C. Paludisme sévère = soins continus ou intensifs = traitement en URGENCE
- Artésunate (Malacef®):
- 2.4 mg/kg iv à débuter en urgence à l’admission, puis 2.4 mg/kg 12h et 24h après, ensuite 2.4 mg/kg 1x/j
- Administration : Malacef® 60 mg dans 1 ml de bicarbonate de sodium à dissoudre dans 5 ml de Glucose 5% pour obtenir une solution de Malacef® à 10 mg/ml, soit pour un adulte (60 kg) 144 mg = 14.4 ml ou un enfant (14 kg) 33.6 mg = 3.4 ml, à administrer en intraveineux lent à raison de 3 ml/min (administration en perfusion non recommandée)
- Durée du traitement : la durée complète du traitement est de 7 jours. Dès disparition des critères de sévérité, passer dans un délai de 4h après dernière dose iv à Riamet® ou Malarone® p.os (cf. point A). Si durée du traitement iv < 48h chez l’adulte et 96h chez l’enfant, donner la dose complète® de Riamet® ou Malarone® (3j), sinon compléter le traitement ad 7j au total.
- Nourrissons ≤ 2 mois : si évolution clinique favorable après 24h, la même dose d’artésunate peut être donnée oralement en utilisant les ampoules iv, (sauf si vomissements et/ou diarrhées). La durée du traitement sera alors de 7j au total (monothérapie).
- Situations particulières :
- - Grossesse (avis spécialiste en médecine tropicale fortement conseillé) :
- 1er trimestre: donner quinine dichlorhydrate (sel) - 10 mg sel= 8.2 mg base
- Absence de chimioprophylaxie préalable : quinine iv 7 mg sel/kg en 30 minutes dans perfusion de glucose 5% comme dose de charge puis 10 mg/kg en 4h 3x/j
- Chimioprophylaxie préalable ou 1ère dose de traitement déjà donnée ailleurs : quinine iv 10 mg/kg en 4h 3x/j dans perfusion de glucose 5% - max. 800 mg 3x/j (adapter dose si insuffisance rénale). Ajouter clindamycine 600 mg 3x/j.
- 2ème et 3ème trimestres : artésunate comme ci-dessus.
- - Patients ayant contracté l’infection en Thaïlande ou au Cambodge
- utiliser l’artésunate intraveineux (schéma standard) associé à la quinine intraveineuse (schéma standard du paludisme sévère, incluant la dose de charge chez l’adulte)
Surveillance :
- Conscience
- Température
- parasitémie aux 12-18h jusqu’à négativité
- thrombocytes, leuco, Hb, Na/K aux 12h
- glucose, bilirubine, créatinine, lactate, gazométrie aux 24h
- Hb/Ht 7j, 14j et 30j après traitement par artesunate iv en raison d’un risque d’hémolyse post-traitement, à organiser avec consultation post-voyage PMU (tél 021 314 49 39) ou chez médecin traitant
Remarques :
- Au vu de la rapide clearance parasitaire avec l’artésunate, ne pas envisager d’exsanguino-transfusion même en cas de parasitémie >10%.
- Toujours envisager l’administration d’antibiotiques à large spectre car fréquentes complications bactériennes.
- Pas d’adaptation de l’artésunate en cas d’insuffisance rénale ou hépatique.
Références
- Document élaboré par B. Genton (CHUV/PMU), V. D’Acremont (PMU), L. Rochat (PMU), L. Senn (SMPH), A. Pittet (HEL) et validé par le bureau CPM / Version 19 mars 2013
- Référence : WHO Guidelines for the treatment of malaria, 2010 - http://whqlibdoc.who.int/publications/2010/9789241547925_eng.pdf
Informations pour médecinsTranscription intégrale et non modifiée du Guide d'antibiothérapie empirique chez l'adulte du CHUV (Lausanne), version 3.1, mai 2016. Ce guide n'est pas un référentiel marocain : son éditeur précise que « les différences d'épidémiologie entre les hôpitaux peuvent rendre d'autres choix d'antibiotiques préférables dans d'autres établissements » et qu'un avis infectiologique est souhaitable pour toute adaptation locale.